Place à l’innovation démocratique: redonner confiance dans la parole et l’action publique

Tribune du 21 septembre 2014 (à 7 jours des élections sénatoriales) co-écrite et publiée dans Le Huffington Post avec plusieurs jeunes responsables fédéraux du Parti Socialiste, militants et sympathisants socialistes.

« Nous avons toujours mille raisons d’attendre et de ne pas entendre ; mais le prix du renoncement est plus cher à payer que le prix du courage » c’est par ces mots que Jean-Pierre Bel officialisa son retrait de la présidence du Sénat, fonction qu’il quittera dans les prochains jours. Ainsi ce qui aurait pu être appréhendé comme un testament « ante-mortem » du premier Président socialiste du Sénat sous la Vème République, se révèle en réalité comme une feuille de route laissée aux générations à venir, qu’il encourage à donner du sens à leur citoyenneté, à servir la République, à s’engager dans la vie politique.
Nous jeunes militant-es et responsables du Parti Socialiste ancrés sur nos territoires ne peuvent que souscrire à cette feuille de route, d’autant plus que nous sommes directement exposés tant aux espoirs, qu’à la souffrance des Français.
En effet, au fil des années et des affaires touchant les différents partis – que ce soit la droite ou la gauche – ont fini de lasser et d’exaspérer nos concitoyens. Ils ont perdu confiance dans leurs représentants et parfois même dans leurs institutions. Cela se traduit par une abstention croissante et élevée ainsi que par la montée des extrémismes en tout genre.
A défaut d’agir, des jours encore plus sombres semblent se dessiner à l’horizon, nous nous devons donc de réagir !
Rappeler les faits qui peuvent minimiser les affaires et accusations du « tous pourris », qui font trop souvent le « buzz » dans les médias, ne doit pas servir à nous dédouaner.
Au contraire, cela doit nous motiver à changer les méthodes et pratiques politiques pour mettre en avant les « élus intègres ». Cela doit nous motiver à lutter contre le « tous pourris » et le sentiment « d’impunité des politiques » ressenti par la population.
Certes, face à ces défis le Gouvernement a agit en terme de transparence, que ce soit avec la publication des déclarations de patrimoine de l’ensemble des ministres et parlementaires, la création d’une « Haute autorité de la transparence de la vie publique » ou encore la publicité de la réserve parlementaire.
Bien qu’il en ait couté au Gouvernement, l’affaire Thévenoud est la preuve de l’efficacité des mécanismes de vérifications votées par la majorité et impulsés par l’exécutif actuel.
Nous nous en félicitons mais nous devons aller plus loin car malgré ces avancées, celles-ci n’ont manifestement pas eu pour conséquence de faire infléchir la défiance de certains citoyens envers la classe politique…
Cependant, de nombreuses solutions existent et sont à la portée de nous toutes et tous. Pour cela, il nous suffit d’être à l’écoute des citoyen-nes de nos territoires, de leur redonner la parole à travers des moyens plus collaboratifs. Ainsi, nous pourrons retisser un lien de confiance qui semble avoir été cassé entre les citoyens et leurs représentants.
C’est pourquoi, en ces temps de défiance, il nous semble urgent de faire de la politique autrement.

Nous formulons donc ici quelques propositions pour adapter la vie politique à notre société du 21ème siècle :
• Limiter la possibilité pour un élu de se faire élire trois fois maximum pour un même mandat. Cette mesure venant à la suite de la règle du non cumul des mandats prise par le gouvernement et qui s’appliquera en 2017.
• Réformer l’indemnité de représentation et de frais de mandat (IRFM) pour que cette enveloppe serve seulement aux frais liés aux déplacements et réceptions du parlementaire.
• L’inéligibilité de 10 ans, voire définitive pour tout élu commettant « une infraction portant atteinte à la moralité publique comme la corruption, le trafic d’influence, la fraude électorale ou la fraude fiscale ».
• Mettre en place un véritable statut de l’Elu pour permettre à chacun de pouvoir se présenter sans que cela soit néfaste à sa vie professionnelle et notamment pour la reprise d’activité à la fin du mandat. Cela permettra une meilleure représentativité de la société française à l’Assemblée Nationale.
• Rendre publique chaque année les comptes des partis politiques et des associations politiques.
• Promouvoir la Démocratie Participative et, sur certaines politiques, la Démocratie Délibérative, en effet les citoyens ont soif de s’engager et de s’impliquer sur les politiques publiques à condition qu’on leur donne les moyens de le faire réellement et non pas en étant des simples faire valoir seulement bons à valider des projets déjà ficelés.
Ségolène Royal avait compris très tôt cette nécessité de changer la façon de faire de la Politique et d’y associer plus largement les citoyens. L’héritage de Stéphane Hessel – et d’autres avant lui, nous enseigne que l’on peut, chacun à notre niveau changer les choses.
Alors qu’attendons-nous ?
Ayons le courage d’affronter la réalité de notre système à bout de souffle et d’engager la mutation de celui-ci.
Ayons la volonté et l’audace de changer les choses !
Citoyen-nes, militant-es, élu-es : engageons ensemble l’innovation démocratique !

Signataires:
– Baptiste Ménard, secrétaire de la section PS de Templeuve et délégué fédéral thématique au Tourisme du PS Nord (Nord-Pas-De-Calais)
– Anthony Courtalhac , secrétaire de la section PS de Romagnat et secrétaire fédéral en charge des réseaux sociaux au PS du Puy de Dôme (Auvergne)
– Carla Bucero Lanzi, animatrice fédérale du MJS Deux-Sèvres et militante PS (Poitou-Charentes)
– Thomas Jacquelin, secrétaire de la section PS de Ussel (Limousin)
– Lies Messatfa, militant socialiste à Levallois-Perret (Ile-de-France)
– Tatiana Blanc, militante socialiste à Orléans (Région Centre)
– Nicolas Sanssouci, militant socialiste à Marseille dans les Bouche du Rhône (Région PACA)
– Anais Boutard, secrétaire fédéral du MJS Sarthe et militante PS (Pays de la Loire)
– Antoine de Laporte, militant PS (Pays de la Loire)
– Clément Laforge, militant socialiste et conseiller municipal à Guichainville (Haute Normandie)
– Damien Thibault, secrétaire de la section du Pays Briançonnais (Provence Alpes Côte d’Azur)
– Laurent Bouquet, Secrétaire de la section de Saint Rémy en Bouzemont (Champagne-Ardennes)
– Elodie Bour, militante socialiste de la section de Dieuze (Lorraine)
– Valentin Eynac, secrétaire fédéral du PS Isère (Rhône-Alpes)
– Myriam Gelly-Tuhami, sympathisante socialiste de Martinique (Martinique)
 http://www.huffingtonpost.fr/baptiste-menard/modernisation-de-la-vie-politique_b_5841828.html
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Intervention en CF : ma réaction suite aux élections européennes du 25 mai 2014

Exprimée au sein du Conseil Fédéral du Parti Socialiste du Puy-de-Dôme du 28 Juin 2014

 Cher-es camarades,

 Je ne boude pas mon plaisir de voir des discussions sur l’Europe… même si, les trois-quarts du temps, elles ont lieu à 1 mois de l’élection, puis quelques jours après l’élection pour pleurer sur une défaite prévue depuis des mois et en faire seulement une défaite nationale, celle du gouvernement.

Il est vrai que l’Europe n’intéresse pas beaucoup les politiques sauf pour lui reprocher tous les maux ou avoir un maroquin en attente de mieux. En effet, selon le bilan du dernier mandat, les députés européens français font de nous la 21ème nation en termes de présence et l’une de celles qui produit le moins de rapport avec en moyenne 2 rapports par an.

Le Parlement Européen - Alina Zienowicz, CC BY-SA 3.0

Le Parlement Européen – Alina Zienowicz, CC BY-SA 3.0

Jamais nous ne parlons d’Europe en-dehors des élections alors qu’elle est présente tous les jours dans notre vie : 70% de nos lois sont issues de directives européennes, aides européennes (FEADER, FEDER, ERASMUS…). En revanche, nous allons reprocher aux médias de ne pas parler d’Europe et aux citoyens de ne pas s’y intéresser.

Le Véritable problème de l’Europe est le parisianisme des cadres français qui ne veulent pas défendre l’Europe et qui distribuent les postes “aux copains” sans respecter les règles. En effet, tant que nos listes ne seront pas composées d’europhiles issues des territoires, ayant pour seuls objectifs la défense des intérêts de tous les citoyens et l’unité du peuple européen permettant aux différentes spécificités locales de vivre ensemble, l’Europe sera rejetée.

Nos députés doivent, au-delà des clivages politiques, s’engager au quotidien au sein du Parlement Européen mais aussi, sur le terrain pour démocratiser et expliquer l’Europe. Et c’est pourquoi, je me félicite qu’un député comme Brice Hortefeux ait été refusé pour être vice-président du Parlement et une députée comme Isabelle Thomas soit devenue vice-présidente du groupe socialiste au Parlement.

Je pourrai être accusé de bonnes intentions si je ne m’engageais pas depuis plusieurs années pour promouvoir l’Europe que soit localement ou nationalement, comme par exemple la tribune que j’ai co-rédigé et parue dix jours avant l’élection dans le “Plus du Nouvel Obs”. Cette tribune, à la différence de la plupart des textes de bonne intention, avait des propositions simples et faciles à appliquer pour promouvoir l’Europe comme :

– la mise en place de réunions annuelles voir semestrielles sur le terrain pour expliquer l’action de L’Europe ;

– la mise en place d’actions de sensibilisation à l’Europe, en particulier sur sa culture riche et diverse ;

– le renforcement des dispositifs européens et leur popularisation auprès des personnes auxquels ils s’adressent ;

– une formation à l’Europe dans les écoles comme peut le faire le Mouvement Européen.

Exposition sur l'Europe organisée par le Mouvement des Jeunes Européens du Puy-de-Dôme - crédits A.C.

Exposition sur l’Europe organisée par le Mouvement des Jeunes Européens du Puy-de-Dôme – crédits A.C.

 Alors maintenant, espérons que le score des eurosceptiques le 25 mai dernier en Europe fera réagir les citoyens comme nos élus et non pas comme notre nouveau député européen, Jean-Paul Denanot : il s’est félicité que chez lui le FN ne faisait pas de très bons scores et qu’il se battra pour les intérêts des limousins. On aurait pu s’attendre à ce qu’il parle de l’ensemble des citoyens de l’Euro-circonscription Massif-Central-Centre et de manière général des intérêts de l’ensemble des européens…

Elections européennes : nos propositions pour vaincre l’euroscepticisme des Français

Tribune du 15 mai 2014 (à 10 jours des élections européennes) co-écrite et publiée dans Le Plus du Nouvel Observateur avec plusieurs jeunes secrétaires de section du Parti Socialiste

 LE PLUS. L’abstention et le vote eurosceptique gagnent du terrain. Selon un sondage TNS-Sofres, le Front national rassemble le plus d’intentions de vote pour les européennes. Et selon le baromètre Ipsos-Steria, seuls 36 à 40% des électeurs ont l’intention d’aller voter. Comment intéresser davantage les citoyens à l’Europe ? Dix jeunes socialistes* formulent quelques propositions.

Le 25 mai prochain, les citoyens européens seront appelés aux urnes pour élire leurs députés lors d’un unique tour. L’enjeu est de taille, c’est celui de la réorientation et de la relance de l’Europe sociale et progressiste qui manque tant.

Si les politiques d’austérité et le déclin social désespèrent, ils ne sont pas une fatalité. La poursuite du processus de démocratisation des instances politiques de l’Union lui donnera sans conteste la cohérence et la légitimité nécessaires à la mise en œuvre des orientations que les Européens auront choisies.

En effet, pour la première fois, le leader de l’exécutif européen (le président de la Commission européenne) sera issu de la future majorité constituée au Parlement européen.

 L’avenir de la France est lié à l’Europe

 Et pourtant… Pourtant, les Français, à l’instar de leurs voisins, doutent. Comment croire en l’Europe quand la classe politique s’en sert comme bouc émissaire dès qu’un problème est soulevé en France ? Comment croire en l’Europe quand certains de nos élus politiques s’en servent comme parachutes dorées en attendant de récupérer un mandat hexagonal ?

Comment croire en l’Europe quand des hommes et femmes politiques nous demandent de les élire alors même que certains d’entre eux ne sont que très rarement au Parlement ?

Comme a pu le révéler le classement VoteWatchEurope, la France se situe au 21e rang en termes de présence des élus au Parlement. Nos parlementaires produisent tout juste deux rapports par mandat.

Pour autant, n’oublions pas que l’Europe agit dans notre quotidien de Français : 70% de nos lois nationales sont régies par des directives européennes ; des dizaines de milliards d’euros sont investis en France à travers les fonds européens tel que le fonds européen de développement régional (FEDER), le fonds européen agricole pour le développement rural (FEADER) et le fonds social européen (FSE).

Depuis cette année, leur gestion a été transférée de l’État aux régions, permettant à ces fonds d’être en lien direct avec les politiques régionales et les projets de territoires et de se rapprocher au plus près du citoyen. Elle investit aussi sur la jeunesse avec la garantie jeunesse ou les programmes d’éducation-formation (ErasmusLeonardo Da Vinci…).

L’avenir de la France est lié au destin et à la construction de l’Europe. Mais paradoxalement, c’est au moment où l’on a le plus besoin de l’Europe, qu’elle est la plus décriée.

 Rendre plus lisible l’action de l’UE

 Par ailleurs, nous déplorons que son action ne soit pas suffisamment mise en avant. Cela ne peut que contribuer à amplifier l’abstention et le désintérêt des Français et plus largement des Européens pour cette élection (57% d’abstention en 2009, résultat qui risque d’être largement supérieur cette année).

À l’instar de mouvements européens qui ont pour but de démocratiser et d’expliquer l’Europe, nous ne nous satisfaisons pas de cette situation et prônons un véritable changement.

Les eurodéputés élus pour les cinq prochaines années ne doivent avoir comme seul objectif la défense des intérêts de tous les citoyens européens, afin de conserver cette unité qui permet aux différentes spécificités locales de vivre ensemble.

Pour cela, nous devons avoir des députés européens qui, au-delà des clivages politiques, s’engagent à être présents au Parlement européen et ce durant la totalité de leur mandat, que ce soit en session plénière ou en commissions, quand ils ne sont pas sur le terrain à prendre le temps d’expliquer les institutions européennes et les décisions prises en leurs seins aux citoyens de leur euro-région.

Grâce à des députés europhiles forts, accessibles, travailleurs, nous pourrons sans aucun doute améliorer l’image de l’Union européenne auprès des citoyens qui, en participant à son façonnement, ne peuvent que prendre conscience de son importance.

Nous, jeunes responsables, formulons des propositions qui pourraient contribuer à rendre plus lisible l’action de l’Union européenne :

 – Mise en place des réunions annuelles voire semestrielles sur le terrain pour expliquer l’action de l’Union européenne au quotidien.

– Mise en place d’actions de sensibilisation à l’Europe et à sa culture riche en diversité notamment auprès des jeunes.

– Renforcer les dispositifs européens et les faire davantage connaître auprès des publics intéressés.

– Faire du 9 mai, journée de la fête de l’Europe, un véritable événement coordonné entre les différents Etats membres.

Nous soutenons Martin Schulz

Nous souhaitons également que les médias organisent des débats plus réguliers sur l’Europe, ses politiques et l’action des députés européens (et pas seulement durant les quelques semaines précédant les élections européennes !).

Nous sommes atterrés face à l’attitude de France 2, chaîne du service public, qui refuse de diffuser les débats européens opposant les cinq candidats à la présidence de la Commission européenne, alors que l’information sur l’Europe et la promotion du débat démocratique font partie de ses missions de service public de l’audiovisuel. Nous souhaitons et espérons que France 2 reviendra sur sa décision et diffusera le débat le 15 mai prochain.

Nous soutenons ainsi la démarche d’Aurélie Filippetti, qui a saisi le CSA de cette question.

Nous, jeunes responsables du PS, comptons prendre toute notre place dans cette campagne européenne. Nous serons pleinement engagés sur nos territoires aux côtés de nos candidats aux élections européennes.

Nous estimons que ce n’est pas l’Europe qu’il faut remettre en cause mais bien celles et ceux qui la dirigent dans leur majorité actuelle, conservatrice et libérale, ou la conspuent, à l’image des formations politiques réactionnaires, d’extrême-droite, n’ayant pour toute arme que le populisme le plus abject.

C’est pourquoi nous espérons que pour ces cinq prochaines années, l’Union européenne changera de majorité et que nous pourrons montrer, à travers l’action que mènera Martin Schulz à la tête de la Commission européenne et la majorité socialiste au Parlement européen, qu’une autre Europe plus juste et plus proche de ses citoyens est possible.

Alors le 25 mai prochain : aux urnes, citoyens ! Choisissons notre Europe !

Signataires :

Baptiste Ménard, secrétaire de la section de Templeuve (Nord), délégué fédéral thématique au tourisme à la Fédération PS du Nord ; Anthony Courtalhac, secrétaire de la section de Romagnat (Puy-de-dôme), secrétaire fédéral aux réseaux sociaux à la Fédération PS du Puy-de-Dôme ; Mathieu Lemal, secrétaire de section adjoint de la section cantonale de Villeneuve-lez-Avignon, conseiller municipal de Rochefort-du-Gard ; Laurent Bouquet, secrétaire de la section de St Rémy en Bouzemont (Marne) ; Grégoire Ruhland, maire-adjoint de Tomblaine (Meurthe et Moselle) ; Anthony Leroy, secrétaire de la section de Pongibaud (Puy-de-Dôme), maire Adjoint de Bromont Lamothe ; Benoit Autereau, secrétaire de la section de Rebais La Ferté Gaucher (Seine et Marne) ; Julien Ranc, secrétaire de la section de Tassin la demi-lune (Rhône), conseiller municipal de Tassin la demi-lune ; Amin Mbarki, section de Montreuil (Seine Saint-Denis) ; Damien Thibault, secrétaire de la section du Pays Briançonnais (Hautes-Alpes)

http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1201447-elections-europeennes-nos-propositions-pour-vaincre-l-euroscepticisme-des-francais.html

Un remaniement ne suffira pas

Tribune du 2 avril 2014 co-signée et parue dans Slate au nom du Collectif des Jeunes secrétaires de sections de moins de 30 ans.

Que faire alors que les abstentionnistes sont devenus le «premier parti de France»? Un collectif de 30 jeunes responsables socialistes de moins de 30 ans réagit au résultat des élections municipales et au remaniement gouvernemental qui a suivi.

Un président «éloigné des Français», un gouvernement «à bout de souffle», une politique qui manquerait de «pédagogie», des élus locaux qui feraient les frais d’une «grogne nationale». Vous avez reconnu le scénario. Il s’agit des élections municipales de mars 2008.

Il faut que tout change pour que rien ne change. Six ans après, les mêmes journalistes politiques utiliseront le même logiciel et tiendront le même discours pour qualifier les résultats des élections municipales. Selon eux, une vague bleue succéderait à une vague rose. Au petit jeu du flux et du reflux électoral, ils en oublient que certaines vagues, bleues ou roses, se perdent dans le sable. On appelle cela l’abstention. C’est pourtant la principale donnée du scrutin qui devrait focaliser notre attention, car elle mesure la santé de notre système démocratique.

Le record d’abstention atteint le 30 mars doit nous interpeller, car il pulvérise deux lieux communs.

Pendant de nombreuses années, il était de bon ton de dire que l’abstention résultait d’un éloignement du politique. Plus l’action politique était locale, moins l’abstention était forte, car le citoyen voyait les résultats concrets de cette action. C’est ainsi que l’on opposait élections européennes et élections municipales, les maires s’érigeant en parangons de proximité. Dimanche dernier, le record d’abstention a fait voler en éclat ce lieu commun. Il n’y a rien de plus concret, de plus quotidien et de plus visible que l’action politique locale: la hauteur du trottoir en bas de chez soi, le menu de la cantine scolaire de nos enfants, l’isolation des murs de nos logements HLM dépendent de décisions prises par le maire. Et malgré cela, les Français ont boycotté les urnes ce dimanche.

Pour expliquer les résultats de dimanche, les médias, les partis, les élus, tous pétris de jacobinisme, tourneront alors la tête vers Paris pour bêler tous en cœur: «C’est la faute du gouvernement.»

Ils oublieront au passage le glissement de terrain qui se produit, lentement, inexorablement, sous leurs pieds. Dans la quasi-totalité des villes de France, un même scénario s’est produit: entre 2008 et 2014, tous les candidats, issus des villes ou des champs, qu’ils soient de droite, de gauche ou du centre, qu’ils soutiennent ou critiquent le gouvernement, ont perdu des centaines d’électeurs. Les défaites de dimanche ont donc un goût particulièrement amer, puisqu’elles ne sont la victoire de personne.

La raison de l’abstention est donc désormais à chercher ailleurs. Autrefois, l’important c’était de participer. Aujourd’hui, plutôt que de se déplacer pour changer les règles du jeu, une part grandissante des Français refuse tout simplement de continuer à participer à la vie publique.

Depuis l’élection présidentielle de 2012, la part des Français qui se déclarent sympathisants des partis de gauche a chuté de 9 points, tandis que la part des Français qui se déclarent sympathisants des partis de la droite parlementaire a chuté de 4 points. Le Front national n’en profite que légèrement et la part des Français qui s’en déclarent sympathisants n’a augmenté que de 2 maigres points.

En revanche, la masse des Français qui se déclarent «sans étiquette», «apartisan» ou même «apolitique» a gonflé, pour atteindre la majorité relative (44%). Ils sont le premier parti de France.

Partout sur notre territoire, cette tendance s’est ressentie. Les chiffres sont là pour nous dire que les noyaux militants traditionnels se sont mobilisés. Les sympathisants du PS ont ainsi participé à hauteur de 68%, tandis que les sympathisants de l’UMP ont participé à hauteur de 72%. Lorsqu’on sait que l’UMP présentait plus de listes en France que le PS, les taux de participation des deux camps sont donc sensiblement les mêmes.

Ce qui change en revanche, c’est le taux de participation des «sans étiquette», qui eux ne sont allés voter qu’à 40%. Leur soif de justice ne s’incarne plus dans aucune formation politique.

Jeunes responsables, nous avons un immense devoir, celui d’inventer de nouvelles formes de participation à la vie publique, dans les entreprises, dans les partis, dans les mairies. Les partis politiques, sous leur forme traditionnelle, ne remplissent plus leur rôle d’animateurs de la vie démocratique locale entre deux périodes de campagne électorale. Il existe partout en France, dans nos villes comme dans nos campagnes, dans les collectivités locales, les entreprises ou les associations, un formidable esprit d’entreprendre, un désir de proposer de nouvelles réponses pour inventer pas à pas un nouveau modèle de développement plus durable.

Nous devons nous inspirer de ces innovations, construire de nouvelles organisations militantes, retisser le lien avec les associations laïques, construire des espaces de formation et d’éducation populaire. De nouveaux défis nous attendent, le parti de Jaurès peut les relever.

http://www.slate.fr/tribune/85477/jeunes-socialistes-remaniement-municipales