La parole aux européens du Puy-de-Dôme: Les Jeunes Européens Auvergne

Interview du 17 août 2018 publiée sur le blog du Centre d’Informations Europe Direct Clermont-Fd Puy-de-Dôme

Photo article CIED63

Les JE auvergnats à l’UEJE 2017

Régulièrement, le CIED vous propose d’aller à la rencontre des associations sur le territoire du Puy-de-Dôme afin de découvrir ceux qui font vivre l’Europe. Pour cette première étape, découvrons les Jeunes européens Auvergne, l’un des partenaires du CIED.

Pouvez-vous vous présenter ?

Anthony Courtalhac, 28 ans, président des Jeunes européens Auvergne depuis septembre 2016

 

Que sont les Jeunes européens et quelles sont vos actions ?

Nous sommes une association de jeunes de 16 à 35 ans, lycéens, étudiants ou actifs. Notre association est trans-partisane, c’est-à-dire qu’elle parle politique européenne sans orientation pour un parti en particulier.

Pour cela nous organisons des cafés-débats (Brexit, Erasmus+, Défense, Euroquizz…), des conférences débats, des interventions dans les écoles (labellisée par le Ministère de l’éducation Nationale) et en écrivant dans notre web-magazine participatif Le Taurillon.org

Il s’agit d’une association militante, quel futur souhaite-t-elle pour l’Europe ?

Nous souhaitons une Europe plus démocratique, sociale et écologique.

L’Europe des citoyens doit primer sur l’Europe des États.

 

On valorise souvent l’Union européenne pour son rôle dans la paix durable que nous connaissons mais est-ce là un argument qui touche encore les jeunes aujourd’hui ?

Je ne pense pas et d’ailleurs ce n’est pas le premier argument que l’on utilise. En revanche, même s’ils l’ont quand même en mémoire, leurs interrogations sont plutôt sur une guerre entre travailleurs européens qui ne dit pas son nom. Celle-ci qui voit s’opposer les citoyens européens sur le marché du travail avec le dumping social et fiscal ainsi que la directive des travailleurs détachés est très néfaste pour l’image de l’Europe. Alors que dans d’autres thèmes, elle est capable d’être aux côtés des citoyens (ex: roaming…).

« Bien souvent, ils (les jeunes) se rendent compte qu’en fait ils connaissent bien l’Europe car ils la vivent sans véritablement le savoir. Il suffit parfois simplement de le leur expliquer. »

A travers vos interventions sur le territoire, comment ressentez vous le regard des jeunes sur l’Europe ?

Ils sont intrigués, voir parfois inquiets, par cette Europe qu’ils connaissent peu ou pas. Cela ne les empêchent pas de vouloir la découvrir. Ils ne cherchent pas à être bloqués sur leurs idées préconçues. Bien souvent, ils se rendent compte qu’en fait ils connaissent bien l’Europe car ils la vivent sans véritablement le savoir. Il suffit parfois simplement de le leur expliquer.

Si vous deviez décrire l’Europe en un mot, quel serait-il ?

« Ouverture »

Grâce à elle, nous pouvons voyager sans soucis dans 27 autres pays comme si nous allions en Bretagne. Elle permet aussi de s’ouvrir sur les gens et notamment leur culture et leurs modes de vie. Enfin, cette ouverture a permis de ne plus se faire la guerre depuis plus de 70 ans !

Europe par les Jeunes en lycée

Intervention Europe par les Jeunes en lycée – Crédits A.C

 

Pour avoir des informations sur l’action de l’Europe dans nos vies, plusieurs solutions:

Les centres d’Information constituent le premier lien entre les citoyens et l’Union Européenne. Depuis 2018, ils sont au nombre de 47 en France et on en compte plus de 400 en Europe. Leurs missions principales sont :

  • Information du public
  • Conseils aux porteurs de projets
  • Animation du territoire
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[Parole de militant] Anthony Courtalhac : « La place du PS est toujours existante, il faut juste se remettre au travail »

Interview du 2 novembre 2017 publiée sur le blog La Voix de l’Hexagone.

Propos recueillis par Ella Micheletti.

Militant au PS depuis 2009, Anthony Courtalhac, 27 ans, est membre du Conseil Fédéral du Parti Socialiste du Puy-de-Dôme, suppléant à la Commission Nationale de Contrôle Financier du Parti Socialiste et Président des Jeunes Européens Auvergne. Sans concessions mais avec toujours ses idéaux chevillés au corps, il analyse la situation actuelle de son parti mais aussi celle de La République en Marche et de la France Insoumise. 


Voix de l’Hexagone : L’élection d’Emmanuel Macron a chamboulé le paysage politique français. Dans les deux plus importants partis, chez Les Républicains comme au Parti socialiste, une partie des encartés s’est tournée vers la République en marche tandis que l’autre partie est restée « loyaliste ». Comment avez-vous vécu de l’intérieur cette scission sur le plan des idées et sur le plan pratique ?

Anthony Courtalhac : Il est toujours compliqué de voir nos chemins se séparer avec des camarades voire des amis avec qui on milite depuis de nombreuses années. Après, il faut aussi analyser la vie de notre parti sur une période longue, ce qui permet de voir que, quand tout va bien, il y a du monde mais quand le bateau tangue, ça devient compliqué et certains préfèrent aller voir si l’herbe est plus verte ailleurs. Pour ma part, je suis fidèle à mon parti mais surtout à ce qu’il représente de par son histoire, ses valeurs et ses combats. Et je m’applique une citation de Léon Blum : « Pendant que vous irez courir l’aventure, il faut que quelqu’un reste garder la vieille maison. »

 

VDH : Selon vous, comment s’explique ce partage au sein même du PS ? La partie des encartés qui s’est tournée vers le macronisme l’a-t-elle fait par opportunisme et stratégie politique ou y avait-il déjà, en amont, une vraie scission idéologique (libéralisme économique, fracture sociale ou sociétale) au PS que Macron n’a fait que révéler ?

AC : Il faut rappeler tout d’abord qu’une partie de ceux partis sont arrivés quand le parti était un gage de réussite électorale et ces derniers n’était pas forcément socialistes. Pour d’autres, les erreurs du gouvernement, la non défense du bilan de ce dernier, les interminables guerres internes de personnes, loin des combats politiques d’antan, ont mis à mal leur militantisme, leurs idéaux et leurs motivations au point de quitter le parti.

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Anthony Courtalhac n’a jamais envisagé de quitter le Parti socialiste. (Crédit photo : Tatiana Blanc)

Enfin, il y a les véritables opportunistes, souvent ex-cadres et apparatchiks du PS, plutôt jeunes, pressés de griller des étapes quitte à promouvoir des idées et propositions de droite qu’ils combattaient encore il y a 5 ans. C’est leur choix et, pour certains ce calcul a été une réussite. Ils sont plutôt efficaces mais prêts à tout dire ou tout faire pour une place loin du nouveau monde annoncé.  Je suis loin de cette façon de faire de la politique qui est encore plus cynique que la vieille politique qu’ils disent combattre.

 

VDH : On attribue plusieurs causes à l’échec de Benoît Hamon, dont un report de voix sur Macron et sur Mélenchon. Quelle est votre opinion sur ce sujet ?

Pour moi il y a plusieurs raisons à l’échec dont le manque de pédagogie pendant 5 ans sur l’action du gouvernement. En effet, en 2012, la situation était catrastophique mais François Hollande n’a pas voulu faire peur aux Français. Il a donc fallu réduire les déficits dans ces conditions ce qui a été fort logiquement incompris. Mais cela n’a pas empêché le gouvernement d’être de gauche à travers de nombreuses mesures, notamment la transition énergétique (COP21), la suppression du bouclier fiscal, le mariage pour tous, le compte pénibilité, la reconnaissance du burn-out, la loi sur L’ESS, 9 000 recrutements dans les forces de sécurités,
60 000 recrutements dans l’enseignement…

L’élection d’Emmanuel Macron a au moins le mérite, avec ses premières décisions, de montrer les nombreuses mesures de gauche prises par le gouvernement pendant 5 ans. En les supprimant avec les félicitations de la droite, cela met malheureusement trop tard en lumière toutes les mesures de gauche : ISF, tiers payant, contrats aidés, compte pénibilité… La critique systématique de l’action gouvernementale, à laquelle il a participé en étant partie prenante de lois importantes, ne l’a pas aidé non plus. Ensuite, la course pour une union de la gauche avec Mélenchon était impossible (à cause de ce dernier) et Benoit Hamon aurait dû rassembler les siens avant. Enfin, des élus et militants PS n’ont pas respecté le choix démocratique de la primaire et, pire, ont fait campagne contre leur parti et son candidat.

« Il y a les véritables opportunistes, souvent ex-cadres et apparatchiks du PS, plutôt jeunes, pressés de griller des étapes quitte à promouvoir des idées et propositions de droite qu’ils combattaient encore il y a 5 ans »

VDH : Bon nombre de journaux se sont concentrés sur le phénomène Macron durant la campagne. Pensez-vous qu’il y a eu une connivence des médias ou, en tout cas, un traitement à géométrie variable, notamment en défaveur de Benoît Hamon ?  

AC : Avant tout, je tiens à rappeler l’importance des journalistes et de leur travail en toute indépendance pour notre pays. C’est pourquoi nous devons nous battre pour garantir cette liberté bien souvent mise à mal dans de nombreux pays mais aussi en France avec le rachat massif par des grands groupes des médias. Concernant la campagne présidentielle, je pense tout de même que le “produit” Macron a été fortement avantagé et mis en avant par les médias sans aller dans le fond de son programme. Il leur a d’ailleurs bien mal rendu dès son élection effective.

 

VDH : Benoît Hamon est sur une ligne très différente de Macron. On l’a notamment vu défiler à la grande manifestation du 23 septembre 2017 lancée par la France Insoumise. Selon vous, a-t-il encore un rôle à jouer personnellement ou le parti doit-il chercher de nouvelles têtes porteuses de valeurs ?

AC : Il a tranché de lui même en quittant le Parti socialiste pensant qu’il n’avait plus aucun rôle à y jouer. Je suis déçu de cette décision car même si je n’étais pas d’accord avec lui sur tout, j’ai fait sa campagne et il a réussi à faire émerger de nouveaux débats et nouvelles idées notamment le revenu universel, la taxe robot… sur lesquels j’espère que nous allons nous pencher plus précisément. Même si je suis déçu qu’il quitte le navire socialiste en pleine tempête, je le remercie pour la sincérité de son engagement et pour son courage de s’être mis en adéquation avec ses volontés dont bon nombre de macronistes ou hamonistes devraient prendre exemple.

 

VDH : Êtes-vous inquiet pour l’avenir financier du PS ?

AC : Pour l’aspect financier en tant que tel non car c’est inhérent aux résultats électoraux. Je suis inquiet sur les conséquences, en particulier l’avenir des salariés du Parti tant au siège que dans les fédérations. Inquiet aussi sur les moyens permettant nos actions militantes futures sur les territoires.

« Je m’applique une citation de Léon Blum : ‘Pendant que vous irez courir l’aventure, il faut que quelqu’un reste garder la vieille maison’ »

VDH: De nombreux jeunes semblent s’être pris d’engouement pour la République en Marche. Cette dernière cherche à l’évidence à ringardiser voire vider de leur substance les partis traditionnels. Quels moyens le PS – et en particulier les jeunes socialistes – peuvent-ils mettre activement en œuvre pour contrer cette situation ?

AC : Tout d’abord, je tiens à rappeler qu’il n’y a pas une jeunesse mais des jeunesses et que la majorité des Jeunes n’ont pas voté. Par ailleurs, concernant les jeunes en marche c’est plutôt des jeunes intégrés, sans difficultés, cultivés et urbains. De plus, l’engagement des jeunes n’a pas été en reste concernant les campagnes de Mélenchon et de Hamon. Le PS pour attirer des jeunes doit réinvestir le champ associatif où de nombreux jeunes sont engagés. Il doit aussi remettre à plat une bonne partie de ses réflexions permettant une liberté de propositions à ces jeunes qui feront le monde dans 10-20-30 ans et non plus demander à des élus ou ex-élus de 60-70-80 ans comment doit se faire l’avenir.

 

VDH : Vous-même, vous êtes-vous personnellement posé, à un moment, la question d’un ralliement à LREM ou à la FI ?

AC : Non, à aucun moment et pour plusieurs raisons : par fidélité à mes idées et à mon parti. De plus, je suis contre cette personnification à outrance qui occulte bien souvent les idées. Et j’ai toujours eu une grande méfiance face au discours du « ni droite ni gauche », sûrement en me rappelant d’une citation de François Mitterrand  qui se confirme avec les premiers mois du quinquennat Macron : “Le centre n’est ni de gauche ni de gauche.

 

VDH : Emmanuel Macron doit beaucoup à François Hollande. C’est ce dernier qui l’a fait entrer dans le gouvernement, et qui l’a propulsé politiquement. Pour autant, Emmanuel Macron s’est objectivement montré redoutable quand il a décidé de voler de ses propres ailes. Quelle part de responsabilité porte, d’après vous, François Hollande dans cette montée en puissance et quelle était la part d’inéluctabilité de cette ascension ? L’ancien président a-t-il été dupé ou naïf ?

AC : Hollande a sûrement été naïf de faire confiance à Emmanuel Macron jusqu’au moment où ce dernier l’a trahi en se lançant dans la présidentielle alors que de nombreuses personnes l’avait prévenu. Mais il a aussi été dupé car ce dernier a caché le plus longtemps possible sa volonté présidentielle. Après avoir appris auprès de François Hollande et lui devoir son ascension politique il l’a trahi, une histoire vieille comme le monde dont la plus connue des trahisons est Brutus avec César.  

« Pour LREM, les masques tombent un peu plus chaque jour :  c’est un parti de droite »

VDH : La France Insoumise est souvent mise en avant – par les médias et par le gouvernement même – comme principale force d’opposition. Il faut reconnaître que ses chefs de file sont particulièrement actifs, sur les sujets économiques notamment. En revanche, on entend moins les cadres socialistes. Le PS, même amoindri, aurait-il intérêt à se montrer plus ferme et déterminé dans l’opposition ?

AC : La France Insoumise est l’opposant idéal pour Emmanuel Macron et les médias car ils sont excessifs et adeptes du buzz et de la petite phrase. Mais la première force d’opposition est bien le PS au Parlement. On a pu notamment le voir dernièrement avec la présentation d’un contre-budget à l’Assemblée Nationale montrant le sérieux des élus socialistes et qu’une autre voie était possible loin du budget gouvernemental faisant cadeaux sur cadeaux au plus riches et pressurisant de plus en plus les classes moyennes et les plus pauvres. Il est vrai que c’est moins intéressant que Jean-Luc Mélenchon faisant le spectacle en plein hémicycle avec un paquet de pâtes ou demandant le retrait du drapeau européen dans l’hémicycle après avoir profité pendant de nombreux années de l’Europe avec son indemnité de parlementaire européen.

 

VDH : Bernard Cazeneuve – qui jouit d’une belle côte de popularité – a très récemment appelé à l’émergence d’une « génération nouvelle ». Sur le plan programmatique, quelle place peut détenir aujourd’hui le PS entre la FI qui « le prend sur sa gauche » et LREM qui « le prend sur sa droite » ? Pour vous, quelles valeurs et idées doit-il réaffirmer d’urgence ?

AC : Bernard Cazeneuve a été la révélation du quinquennat, un véritable homme d’État s’adaptant aux situations les plus délicates. Ce type de personnalité est rare c’est pourquoi certains le sollicitent pour reconstruire le parti. Toutefois, il n’est pas un homme de parti, il n’a pas le goût des conflits politiques et de la polémique.

De plus, il a souhaité s’investir autrement pour la France en passant la main à une nouvelle génération à Cherbourg tant pour la mairie que pour la députation dans le pur respect de sa parole donnée. Il souhaite d’ailleurs qu’il en soit de même pour la reconstruction du parti, que ça soit la nouvelle génération qui passe aux actes et c’est tout à son honneur. Par contre, je pense et j’espère qu’il va continuer à jouer un rôle important dans notre parti, pour la gauche et pour la France. En effet, il est encore jeune (54 ans) et a un sens inouï de l’intérêt de l’État et de l’union de la gauche ce qui fait de lui une espèce politique précieuse dans une période où seul l’intérêt personnel et l’image médiatique comptent.

Quant à la place du PS, elle est toujours existante. Il faut juste se remettre au travail, tant localement que nationalement avec notamment des partenaires de gauche car la France Insoumise, c’est l’extrême gauche. Pour LREM, les masques tombent un peu plus chaque jour :  c’est un parti de droite ; il suffit d’analyser le budget 2018, un budget injuste matraquant les moins aisés, véritable indicateur d’une politique. Pour moi, le PS doit se reconstruire sur plusieurs piliers : la justice sociale, l’Europe, la social-écologie et l’union de la gauche.