Un remaniement ne suffira pas

Tribune du 2 avril 2014 co-signée et parue dans Slate au nom du Collectif des Jeunes secrétaires de sections de moins de 30 ans.

Que faire alors que les abstentionnistes sont devenus le «premier parti de France»? Un collectif de 30 jeunes responsables socialistes de moins de 30 ans réagit au résultat des élections municipales et au remaniement gouvernemental qui a suivi.

Un président «éloigné des Français», un gouvernement «à bout de souffle», une politique qui manquerait de «pédagogie», des élus locaux qui feraient les frais d’une «grogne nationale». Vous avez reconnu le scénario. Il s’agit des élections municipales de mars 2008.

Il faut que tout change pour que rien ne change. Six ans après, les mêmes journalistes politiques utiliseront le même logiciel et tiendront le même discours pour qualifier les résultats des élections municipales. Selon eux, une vague bleue succéderait à une vague rose. Au petit jeu du flux et du reflux électoral, ils en oublient que certaines vagues, bleues ou roses, se perdent dans le sable. On appelle cela l’abstention. C’est pourtant la principale donnée du scrutin qui devrait focaliser notre attention, car elle mesure la santé de notre système démocratique.

Le record d’abstention atteint le 30 mars doit nous interpeller, car il pulvérise deux lieux communs.

Pendant de nombreuses années, il était de bon ton de dire que l’abstention résultait d’un éloignement du politique. Plus l’action politique était locale, moins l’abstention était forte, car le citoyen voyait les résultats concrets de cette action. C’est ainsi que l’on opposait élections européennes et élections municipales, les maires s’érigeant en parangons de proximité. Dimanche dernier, le record d’abstention a fait voler en éclat ce lieu commun. Il n’y a rien de plus concret, de plus quotidien et de plus visible que l’action politique locale: la hauteur du trottoir en bas de chez soi, le menu de la cantine scolaire de nos enfants, l’isolation des murs de nos logements HLM dépendent de décisions prises par le maire. Et malgré cela, les Français ont boycotté les urnes ce dimanche.

Pour expliquer les résultats de dimanche, les médias, les partis, les élus, tous pétris de jacobinisme, tourneront alors la tête vers Paris pour bêler tous en cœur: «C’est la faute du gouvernement.»

Ils oublieront au passage le glissement de terrain qui se produit, lentement, inexorablement, sous leurs pieds. Dans la quasi-totalité des villes de France, un même scénario s’est produit: entre 2008 et 2014, tous les candidats, issus des villes ou des champs, qu’ils soient de droite, de gauche ou du centre, qu’ils soutiennent ou critiquent le gouvernement, ont perdu des centaines d’électeurs. Les défaites de dimanche ont donc un goût particulièrement amer, puisqu’elles ne sont la victoire de personne.

La raison de l’abstention est donc désormais à chercher ailleurs. Autrefois, l’important c’était de participer. Aujourd’hui, plutôt que de se déplacer pour changer les règles du jeu, une part grandissante des Français refuse tout simplement de continuer à participer à la vie publique.

Depuis l’élection présidentielle de 2012, la part des Français qui se déclarent sympathisants des partis de gauche a chuté de 9 points, tandis que la part des Français qui se déclarent sympathisants des partis de la droite parlementaire a chuté de 4 points. Le Front national n’en profite que légèrement et la part des Français qui s’en déclarent sympathisants n’a augmenté que de 2 maigres points.

En revanche, la masse des Français qui se déclarent «sans étiquette», «apartisan» ou même «apolitique» a gonflé, pour atteindre la majorité relative (44%). Ils sont le premier parti de France.

Partout sur notre territoire, cette tendance s’est ressentie. Les chiffres sont là pour nous dire que les noyaux militants traditionnels se sont mobilisés. Les sympathisants du PS ont ainsi participé à hauteur de 68%, tandis que les sympathisants de l’UMP ont participé à hauteur de 72%. Lorsqu’on sait que l’UMP présentait plus de listes en France que le PS, les taux de participation des deux camps sont donc sensiblement les mêmes.

Ce qui change en revanche, c’est le taux de participation des «sans étiquette», qui eux ne sont allés voter qu’à 40%. Leur soif de justice ne s’incarne plus dans aucune formation politique.

Jeunes responsables, nous avons un immense devoir, celui d’inventer de nouvelles formes de participation à la vie publique, dans les entreprises, dans les partis, dans les mairies. Les partis politiques, sous leur forme traditionnelle, ne remplissent plus leur rôle d’animateurs de la vie démocratique locale entre deux périodes de campagne électorale. Il existe partout en France, dans nos villes comme dans nos campagnes, dans les collectivités locales, les entreprises ou les associations, un formidable esprit d’entreprendre, un désir de proposer de nouvelles réponses pour inventer pas à pas un nouveau modèle de développement plus durable.

Nous devons nous inspirer de ces innovations, construire de nouvelles organisations militantes, retisser le lien avec les associations laïques, construire des espaces de formation et d’éducation populaire. De nouveaux défis nous attendent, le parti de Jaurès peut les relever.

http://www.slate.fr/tribune/85477/jeunes-socialistes-remaniement-municipales

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